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LE CHATEAU DE PIERREFITTE
AUTOUR DE SARROUX
CONTACTS
LE CHATEAU DE PIERREFITTE

 

PIERREFITTE

   Pierrefitte qui veut dire : pierre fichée, pierre dressée, nom de nombreux lieux-dit dont l'un existe encore sur la Commune de Poussanges (région d'Aubusson Felletin), où en 1370 Dauphine de Lestrange épousa Roger-Hugues de Bort.

   Les deux familles sont d'extraction chevaleresque et s'illustrent dans la région depuis plusieurs siècles.

   Les Bort sont de très ancienne chevalerie, plusieurs ont été chevaliers des ordres du Roi. Ils ont participé à la 4° Croisade, ont fondé le monastère de Bort, et donné de nombreux chevaliers du Temple (ils ont témoigné lors du fameux procès intenté à l'Ordre par Philippe le Bel). Ils jouissent dans la région d'une situation considérable : ils ont contracté des alliances illustres, se sont distingués dans les nombreuses guerres de leur époque et tirent des bénéfices importants de la situation privilégiée de la ville de Bort, le plus gros centre commercial de la région (le produit annuel de la Leyde s'élèvera en 1482 à 200 livres tournois).

   Les Lestrange, quant à eux, possèdent de très anciens droits seigneuriaux en Marche et en Limousin, et en 1370, Dauphine compte parmi ses frères trois prélats éminents (Guillaume à Rouen, Elie au Puy, et Raoul, Légat de Grégoire XI (dont le médecin s'appelait Jean de Tournemire), lui même neveu de Clément VI, pape Limousin qui avait promis d'installer dans sa province "un rosier qui fleurirait à jamais".

   Les Bort sont installés dans le château de Ribeyrolles dont le Docteur Longy dit qu'il restait quelques vestiges sur la rive droite de la Dordogne en face du château de Madic (Personne à Ribeyrolles ne connait plus l'emplacement exact de cette ancienne installation).

   Mais les jeunes mariés décident de remettre en état une vieille forteresse qui était située ici, au milieu de la prairie en dessous du château actuel, à qui ils donnent probablement le nom de Pierrefitte, du nom de l'apanage limousin de Dauphine. Il deviendra désormais la résidence de la famille.

   Nous ne nous étonnerons pas qu'ils aient été conquis par la beauté du site : de l'Est à l'Ouest les monts d'or, dominés par le Sancy, la Banne d'Ordanche qui seul nous masque le Puy de Dôme à quelques 90 km, puis la vue porte à 80 km bordée par les collines de la Marche et du Limousin.

   Une centaine d'années plus tard, le vieux château de Pierrefitte devait menacer ruine, ou ne plus être en rapport avec la fortune de la famille et Charles de Bort, gentilhomme de la Chambre de Charles VIII, époux d'Antoinette de Saint Avit, ordonne la construction en cet emplacement du nouveau château de Pierrefitte que vous avez sous les yeux.

   Les travaux commencés en 1471 (une trentaine d'années après la construction du château de Val que nous apercevons d'ici), dureront sept années et Antoinette se plaint de ce que les denrées fournies par ses propriétés sont insuffisantes pour nourrir les ouvriers payés par ailleurs de 10 à 20 deniers par jour selon leur capacités (un mois de salaire équivalait au prix d'un cochon gras).

   Les fondations du château furent construites en 1471 par Robert Rigal, maître maçon. Les travaux furent ensuite arrêtés pendant deux ans pour laisser se produire les tassements. En 1474 la maçonnerie fut reprise, et les bois de charpente furent coupés dans la forêt de Pierrefitte. Pierre Bahut était alors maître maçon, et Peyrat, le maître charpentier. En 1478 la construction était presque terminée. On recouvrit les toits de tours avec des feuilles de fer blanc cimentées avec un mastic dans la composition duquel rentrait de la poix. Le principal corps de logis, qui pendant la construction, avait été protégé avec de la paille, fut couvert en schistes. (Notes du Dr. Longy)

   Ce splendide "paquet de chandelles" est à l'origine plus élancé qu'il ne l'est aujourd'hui. Les tours, couronnées de superstructures crénelées et mâchicoulées, dont on note encore les vestiges, ont cinq mètres de plus en hauteur; les pieds des tours du Sud sont dégagés et protégés par des fossés aujourd'hui comblés. Sur la façade Sud, seules existent les ouvertures du premier étage.

   La porte d'entrée, au Nord, donne dans la tour centrale qui abrite l'escalier en colimaçon desservant les trois étages et les terrasses.



   Les lettres patentes de Louis XI, datées de 1483, indiquent que Charles de Bort, seigneur de Pierrefitte, "Possède, en raison de son château, haute et basse juridiction" et que "le château est ancien et de très ancienne fondation par gens de geante et noble maison". Charles de Bort jouissait d'une considération telle que le Pape Sixte V (celui qui fit construire la chapelle Sixtine) lui accorda en 1474 un bref lui conférant le droit d'avoir un autel portatif, et d'y faire célébrer la messe pendant ses voyages, pour lui, sa famille et ses serviteurs.


 

   Les puissantes relations de Charles vont lui être très utiles pour résister aux menées de son voisin, cousin, suzerain et néanmoins rival, Gilbert de Chabannes qui possède le puissant château de Madic dont les ruines (propriété de nos amis Couturon) dominent encore la Dordogne, à 6 Km d'ici, en contre-bas des Orgues de Bort. En 1481, Gilbert de Chabannes pour attirer les populations sur ses terres aux environs de Madic et détourner à son profit l'activité commerciale de la ville de Bort, profite d'une absence de Charles de Bort pour faire construire (avec les bois de Pierrefitte !) un pont sur la Dordogne ainsi qu'un port au pied de son château. Ces ouvrages furent démolis l'année suivante sur instructions royales (lettres patentes données à Tours le 27 janvier 1482) et la ville de Bort redevint le centre incontesté des transactions commerciales du Pays.

   Pendant 300 ans, dix générations de Bort se succèderont à Pierrefitte. Au moment de la Révolution, Léonard-Antoine de Bort, propriétaire de Pierrefitte, est incarcéré à Ussel, puis relaxé. Il mourra en ne laissant que des filles et une situation matérielle précaire. En 1861 s'éteindra le dernier descendant de la branche ainée de cette famille, Octavien de Bort, frère du précédent, célibataire, chevalier de Malte, fait prisonnier par les troupes de Bonaparte en 1798 au siège de La Valette. Il sera Maire de la ville de Bort sous la Restauration, de 1816 à 1830.

   En 1793 Pierrefitte, dont le propriétaire est en prison, va devenir une proie facile pour une équipée de voyous révolutionnaires qu'on appelait les "Marseillais". Probablement excités par l'aspect féodal du bâtiment, ils investissent les lieux, montent sur les toits et mettent bas les éléments les plus fragiles des toitures et des superstructures. Le Docteur Longy dit qu'ils durent renoncer à leur oeuvre de destruction en raison de la solidité des murs. La maison restera inhabitable pendant près de 40 ans. Elle avait été vendue dès 1822 par Sophie Antoinette de Lagrange, fille de Léonard-Antoine cité plus haut, à Antoine Delamas, Conseiller de préfecture du Puy de Dôme, pour être enfin rachetée (moyennant 42 500 F) en 1830 par la jeune Eléonore Clara Ruel de La Motte qui venait d'épouser un vieux Monsieur de Bailleul, Marquis de Croissanville, de 40 ans son aîné.


Eléonre Clara

   Il est probable que sur la fin de sa vie, le vieux Marquis n'ait vu dans ce mariage qu'une occasion de doter la jeune Elèonore Clara, dont il connaissait probablement les sentiments pour un jeune homme de la région, Henry-Louis de Tournemire, dont la famille, plusieurs fois alliée aux Bort, vivait noblement mais pauvrement sur la commune de Margerides. Le vieux marquis meurt en 1833 et deux ans après, Eléonore épouse son Henry-Louis. La cheminée du salon porte au centre les armes du jeune ménage, à gauche celles du Marquis de Bailleul, et à droite celles de la famille de Bort. Henry Louis était le fils et le petit fils de deux Pierre de Tournemire, qui avaient fait partie l'un et l'autre d'une tribu de 15 Tournemire emprisonnés à Ussel pendant la Révolution. L'un d'entre eux, Joseph de Tournemire, dit Jouselou, ou parfois "l'espiègle zélé de l'aristocratie", laissa de mauvais souvenirs à ses gardiens "Il abusait de sa condition de prisonnier pour jouer de la clarinette à toute heure de la nuit et par exprès aux fenêtres d'où le son pouvait être entendu de loin" . "....Tout ce qui n'est pas interdit dans la loi ne peut être empéché" avait-il lu dans la toute nouvelle Constitution ! On lui confisqua l'instrument. Il aimait aussi catapulter sur leur tête sa vaisselle, la faisant glisser sur un banc qu'il utilisait comme rampe de lancement.

   Ces Tournemire descendaient d'une vieille famille, déjà installée sous le nom de Tornamira en haute Auvergne à l'époque gallo-romaine. Tournemire dominait la vallée de la Doire, à quelques lieues de Saint Cernin. Ils y restèrent "Puissants Seigneurs" jusqu'à ce que, ruinés par les croisades, les équipées militaires, et leurs démêlés pendant près de deux siècles avec les d'Anjony (une famille qui se fit à partir du XV° siècle une place enviable dans l'aristocratie de la haute Auvergne, et à qui ils vendirent imprudemment au fil des ans, terres, quart de donjon et autres droits seigneuriaux), ils durent au XVII° quitter leur fief d'origine pour venir errer dans notre région, "plus riches de parchemins que d'écus", comme disait joliment mon oncle Guillaume, le frère aîné de mon grand père.

   Henry Louis et son épouse terminent les réparations entreprises par Eléonore, le bâtiment central est couvert en ardoises de Travassac, les tours sont "égalisées" et protégées de poivrières couvertes en tuiles. Le ménage a trois fils dont l'aîné, François, épouse en 1865 Berthe de Seroux de Bienville et succède à Henry-Louis. Nous gardons dans le salon le portrait de son épouse, mon arrière grand mère, toute menue, dans une robe de dentelle noire qui attend toujours dans une malle du grenier des épaules plus frêles que celles de la génération actuelle.

   François comble les fossés qui protègeaient la facade Sud du château, construit la terrasse qui constitue, aujourd'hui, la cour d'honneur et fait ouvrir sur cette même façade la porte actuelle et les fenêtres du rez de chaussée.




   A François et Berthe succéda en 1918 l'oncle Guillaume, frère aîné de mon grand père. Officier de marine, il était né en 1866. C'est lui qui fit construire les fossés pour dégager les meurtrières qui seules éclairent les excellentes caves de la maison.

   En juin 1944, la Corrèze vit des heures tragiques : la division SS « Das Reich » qui a reçu l’ordre de rallier depuis Montauban le front de Normandie est retardée par les coups de main opérés par la résistance … Les différents maquis FFI, FTP, AS qui entretiennent souvent des rapports conflictuels multiplient les coups de main investissent des dépôts d’armes, incendient des installations « Vichystes », mais aussi assassinent les « collaborateurs » et des officiers allemands, quelques fois dans des conditions atroces (on rapporte que l’un d’eux fut dévoré par des cochons). Les troupes allemandes sont déchainées … La disparition du sturmbannführer Kämpfe, dans des conditions aujourd’hui encore mal élucidées, est peut-être à l’origine des massacres de Tulle (99 pendus le 9 juin, Oradour (642 habitants brûlés vifs le 10 juin) …. Le gros de la division « Das Reich » reprend sa progression vers le Nord le 12 juin mais la Brigade du général von Jesser  reste sur place pour « nettoyer » les nids de résistance.

 

   Le 30 juin, le bataillon de reconnaissance AA 1000 qui avait perdu une vingtaine d’hommes lors de l'embuscade du 7 juin dans les gorges du Chavanon près de Bourg-Lastic arrive au alentours de Bort les Orgues où se trouve notre maison de famille (rachetée vers 1830 à la famille de BORT qui s’était ruinée en émigration). Les communs y servaient de refuge au maquis qui abandonnérent la position un peu précipitamment à l'approche de l'armée allemande.
Après avoir effectué une manoeuvre d'envergure que ne justifiait guère la résistance que pouvaient leur opposer mon oncle et son épouse (ils avaient 160 ans à eux deux), l’unité allemande commandée par un jeune « hauptman » investissait la place.



   L'oncle Guillaume est alors convoqué par l'officier allemand qui lui donne lecture des instructions dont il est porteur : des armes ont été retrouvées abandonnées dans la grange, le château et ses dépendances doivent être brûlés et ses habitants fusillés. Avant de mourir, l'oncle demande l'autorisation de se retirer un moment et redescend une demi-heure plus tard en grand uniforme d’officier de marine.
 
   Le capitaine du Reich a des usages. Il se fige dans un impeccable garde à vous pour saluer dans les règles un officier supérieur en grade… L’oncle Guillaume lui propose alors de l’accompagner pour une dernière fois faire le tour de sa maison.
   En bon historien, il raconte avec talent l’histoire des Bort et des Tournemire au Moyen-Âge et dans les siècles suivants. Pièces après pièces, l'Allemand fait la connaissance de nos ancêtres et de leur histoire... La visite est ponctuée de longues stations devant leurs portraits : parents, grands-parents, frères et oncles souvent en uniforme … Ils ont servi notamment sur le front autrichien en 1870 puis bien sûr en 14/18… La maison conserve pieusement les courriers adressés à Pierrefitte tout au long des conflits.
   Mon oncle raconte aussi comment, capitaine de frégate, il avait repris du service en 1914 pour commander un contre-torpilleur pendant la Grande Guerre. Il explique comment, en 1916, il avait en prenant de gros risques, sauvé l'équipage d'un sous-marin allemand qu'il venait de couler... et comment, quelques années après, il avait été splendidement reçu en Allemagne par le commandant allemand qui l’avait reçu chez lui, en uniforme (il était entre temps devenu « kapitän zur see ») et avait tenu à lui remettre une photo encadrée du sous-marin qu’il commandait à l’époque, équipage au garde à vous ... souvenir que l’oncle gardait dans son bureau depuis plus de 20 ans.
   Piégé, mal à l'aise, l'officier hésite longtemps, puis courageusement prend sa décision : l'exécution n'aura pas lieu, il sacrifiera la seule "Grange Vieille" à la fureur de ses chefs … Comme nous avions déjà une "Grange Neuve", la grange reconstruite quelques années plus tard deviendra pour mes enfants "la Grange Rouge".
   J'ai toujours espéré voir revenir en touriste cet officier-honnète-homme qui a peut-être payé de sa vie d'avoir contrevenu aux ordres.
   L'Oncle Guillaume mourra en 1961, il n'avait jamais eu d'automobile. A 93 ans, il attelait encore sa jument pour s'en aller seul livrer les fromages qu'il exigeait "bons fermiers et loyaux marchands" en règlement de ses fermages. C'est aussi dans cet équipage que juste après la guerre il venait chercher au train de Clermont le « petit Guillaume » que j'étais, quittant régulièrement le monastère dans lequel il était pensionnaire pour rendre visite à son vieil oncle et parrain, conteur intarissable des histoires du temps jadis.

   En 1932, l'oncle qui n'avait pas d'enfants, avait écrit à son neveu & filleul, mon père, alors officier des AI aux confins du Sahara marocain. Il vieillissait, devait prendre des décisions en raison de sa mort qu'il sentait prochaine ; il lui proposait de l'adopter légalement pour être son successeur à Pierrefitte. "Tu prends 24 heures pour réfléchir si tu le juges utile ; si tu acceptes, adresse un télégramme au Commandant de Tournemire, -Vais toujours bien - Guillaume, dans le cas contraire, adresse le au Comte de Tournemire, - Suis en bonne santé - Guillaume "....ce code répondait à son désir de ne pas tenir son épouse au courant de son projet. J'ai retrouvé le brouillon de la lettre dans les papiers de l'oncle, soigneusement épinglé à un télégramme adressé au "Commandant". J'ai retrouvé également la lettre et l'avis remis 4 mois plus tard, à l'officier des spahis par le vaguemestre d'Erfoud, dans les papiers de mon père. L'Oncle Guillaume mourut... mais trente ans après cet échange de courriers, en 1960.

   Mon père, encore un Guillaume, lui succèda donc en 1961 et trouva une maison, solide certes, mais sans confort exagéré, sans eau, ni électricité ni téléphone. A quelques pas de la porte d'entrée, un petit édicule à deux places, très convivial, masqué par un lilas, tenait lieu de cabinets depuis que, pour des raisons sanitaires, les anciennes échauguettes avaient, 50 ans plus tôt, été désaffectées. "Chez toi on mange très bien" écrivait une correspondante dans sa lettre de château, "mais c'est le contraire que l'on fait mal, j'ai eu très froid !".

   L'oncle Guillaume se chauffait peu, ses visiteurs, frigorifiés, avaient pourtant quelquefois le réconfort d'apercevoir une petite flamme vacillante derrière le mica du Mirus installé dans le salon, mais l'oncle trichait un peu, il plaçait une bougie dans le poêle !

   En moins d'un an Pierrefitte fait peau neuve et s'adapte à sa nouvelle vocation.

   Mon père avait 7 enfants qui lui donneront, en 20 ans, une troupe de 32 petits enfants dont beaucoup passeront régulièrement leurs grandes vaccances à Pierrefitte. Ils partagent aujourd'hui avec quelques 400 autres (en 1997 ils sont près de 600 descendants du premier Tournemire de Pierrefitte) les souvenirs attachés à notre "paquet de chandelles". Je souhaite à mon fils (dont vous aurez deviné qu'il porte le prénom de... Guillaume !) et à ses successeurs, de trouver le même plaisir à raconter aux vôtres la suite de l'aventure.

 

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